Les minéraux de conflit

L’exploitation des ressources naturelles dans la violence est un problème persistant dans la région des Grands Lacs de l’Afrique, qui a marqué une bonne partie de son histoire. La République démocratique du Congo et les pays voisins ont été confrontés à une violence considérable au nom de l’extraction des ressources, qui a commencé avec le caoutchouc durant la période coloniale, pour se poursuivre avec l’étain, le tungstène, le tantale et l’or aujourd’hui.

Depuis 1998, plus de cinq millions de personnes sont mortes durant les combats lorsque les armées de six pays voisins ont envahi la RDC à la suite du génocide rwandais. Des millions d’autres ont été déplacées, fuyant les agressions commises tant par les gouvernements que par les groupes rebelles.

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Pour de nombreuses personnes, ce conflit semble très loin de la vie quotidienne – une chose qu’on ne voit que brièvement aux informations du soir à la télévision – mais il se pourrait qu’en réalité, il soit aussi proche de vous que ne l’est votre poche. Le fonctionnement des téléphones intelligents, des caméras, des ordinateurs et de toutes sortes de gadgets électroniques dépend de minéraux extraits dans la région des Grands Lacs. Malheureusement, la forte demande pour ces produits de consommation ne s’est pas traduite par un développement économique. Les revenus engendrés par l’exploitation illégale des minéraux de grande valeur qu’on trouve dans ces produits ont plutôt servi à acheter des armes et à perpétuer la violence.


Le conflit en RDC est extrêmement complexe, et c’est pourquoi les programmes de PAC ont évolué de manière à s’attaquer à un certain nombre de problèmes interreliés dans la région. Le Programme des Grands Lacs compte quatre principaux domaines d’intervention :

Appuyer le Mécanisme de certification régionale de la CIRGL pour les minéraux du conflit

La communauté internationale reconnaît depuis longtemps le rôle que joue l’exploitation des minéraux dans le financement de conflits. Pour donner suite à un programme de recherche approfondie et faisant fond sur son expertise acquise dans le cadre du Processus de Kimberley pour les diamants du conflit, PAC a proposé un mécanisme de certification régionale pour les États de la région des Grands Lacs. L’adoption rapide de ce mécanisme témoigne de la qualité du travail, et PAC continue de collaborer avec les gouvernements de la CIRGL afin de les aider à le mettre en œuvre.

Créer des chaînes d’approvisionnement libres de conflit pour l’or produit de manière artisanale

En raison du prix élevé de ce métal sur le marché, l’or est l’un des minéraux les plus importants dans l’optique du financement de conflits, mais il est aussi le fondement des moyens de subsistance d’un grand nombre de personnes dans la région. PAC exécute actuellement un projet pilote dans la province Orientale, dans le but d’effectuer un suivi de l’or à partir du site minier jusqu’au consommateur pour faire en sorte que l’or de vos bijoux et de vos appareils électroniques soit produit de manière éthique et libre de conflit.

Appuyer la société civile régionale et la gouvernance des ressources naturelles

En définitive, l’atteinte de ce but, c’est-à-dire la fin du commerce des minéraux du conflit, requiert l’adhésion tant de la base que des gouvernements. Les collectivités locales doivent participer à la surveillance des conditions qui entourent l’extraction et le commerce des minéraux. Dans cet esprit, PAC a soutenu la création d’une plateforme de la société civile, à laquelle peuvent participer les ONG pour mettre en commun leur expertise et recevoir de la formation afin de pouvoir surveiller elles-mêmes les industries extractives.

Les femmes, la sécurité et la gouvernance des ressources naturelles

Comme dans le cas de la plupart des industries informelles, les femmes constituent un pourcentage élevé de la main-d’œuvre du secteur de l’exploitation minière artisanale. Jusqu’à maintenant, on a très peu documenté les expériences de ces femmes. PAC procède actuellement à une recherche sur l’expérience de l’extraction chez les femmes et chez les hommes, dans le but de cerner la nature distincte de la participation des femmes et des filles à l’économie informelle du secteur des minéraux, tout au long de la chaîne de possession. De plus, nous nous employons à déterminer de quelle manière les femmes pourraient ou bien bénéficier du secteur ou plutôt subir une marginalisation (encore plus prononcée).