Diamants, mort et destruction : Un historique

212 1218Durant les années 1990 et les premières années du présent siècle, des armées rebelles en Angola, en Sierra Leone et en République démocratique du Congo (RDC) ont exploité les gisements diamantifères alluviaux de ces pays pour financer des guerres de sédition.

Les diamants alluviaux, contrairement à ceux qui sont extraits des profondes « pipes » kimberlitiques du Botswana, de la Russie et du Canada, se trouvent sur de vastes étendues de territoire, souvent à quelques pouces ou pieds seulement sous la surface. Depuis le temps des colonies, les diamants alluviaux se sont avérés difficiles à gérer et à réglementer. En raison de leur ratio valeur-poids élevé, de la facilité avec laquelle on peut les extraire et de la corruption généralisée au sein du marché mondial des diamants, les diamants alluviaux sont devenus une cible facile pour les armées rebelles.

Le commerce des diamants du conflit a débuté a commencé des années 1990, avec la National Union for the Total Independence of Angola (UNITA) de Jonas Savimbi, en Angola, mais a vite été copié par le Front révolutionnaire uni en Sierra Leone, avec l'aide du président seigneur de guerre du Liberia, Charles Taylor. Il a été repris par des armées rebelles en République démocratique du Congo (RDC) et a aussi affecté les industries du diamant de la Guinée, du Liberia et de la Côte d'Ivoire. Jusqu'à 15 % de la production mondiale de diamants bruts, qui s'élève à 10 milliards de dollars, se rangeait dans la catégorie des diamants du conflit à la fin des années 1990. Des centaines de milliers de personnes sont mortes en conséquence directe de ces guerres, et beaucoup d'autres sont mortes de causes indirectes. Des millions de personnes ont été déplacées pendant une demi-génération, les infrastructures de santé et d'éducation ont été détruites et le développement a reculé.

Dans le passé, il s'est avéré presque impossible de réglementer les diamants de façon efficace, que ce soit en Afrique, en Europe, en Asie ou en Amérique du Nord. C'est en partie en raison des nécessaires questions de sécurité qui se posent dans le cas d'un produit d'une telle valeur, mais c'est aussi parce qu'une grande part du commerce des diamants après leur extraction et leur commercialisation – dans certains cas, par de très grandes sociétés – s'est traditionnellement trouvée aux mains de petites entreprises appartenant à des familles tissées serré, le type d'entreprises qui échappent aux règlements gouvernementaux en vigueur. Par exemple, les impôts élevés n'ont servi qu'à diriger les diamants vers la clandestinité, et la plupart des gouvernements ont depuis longtemps cessé d'essayer d'imposer plus que des droits minimums sur les importations et les exportations de diamants bruts. Malgré tout, une économie parallèle du diamant, active sur les marchés gris ou noir, a toujours existé. Les diamants se sont donc avérés utiles pour le blanchiment d'argent, et on les a utilisés pour financer de la drogue et d'autres produits illicites.

En Afrique, où ont été produits plus de 70 % des diamants de joaillerie du monde (en valeur) presque tout au long du XXe siècle, on a utilisé des diamants pour dissimuler et exporter des bénéfices et des capitaux, et – en tant que monnaie de rechange forte – pour financer des importations dans des économies faibles. Des gouvernements corrompus et prédateurs en Sierra Leone, en RDC et en Angola ont enfoncé le négoce des diamants encore plus profondément dans la clandestinité. De plus, au-delà des activités des plus grandes sociétés d'extraction de diamants, la majorité du commerce légitime de diamants fonctionnait dans une large mesure d'après une comptabilité de caisse, sans contrats officiels ou traces écrites vérifiables. Les diamants convenaient presque parfaitement aux buts qui ont incité les armées rebelles à s'en servir. Voilà à quoi le SCPK cherchait à mettre un terme.